Lettre à toi, à toi, à vous.


     Lettre à toi, père de ma fille.

     On a passé de bons moments ensemble, et j'ai longtemps cru que tu étais l'amour de ma vie. J'y ai cru parce que tu étais la personne pour laquelle j'aurais tout fait, sans exception. La personne pour laquelle je me serais sacrifiée sans broncher, et pour laquelle j'aurais pu donner mon âme. Tu as été mon point d'ancrage dans beaucoup de situations, tu m'as permis de grandir, et de devenir celle que je suis à présent, une personne forte, avec de l'ambition, et des rêves. Et tu m'as détruite aussi, comme personne ne pourra jamais le faire, en faisant d'une partie de moi, une ombre un peu sombre et terrifiée. 

     Tu m'as pris ma fille. Dans un élan de détresse, ou de colère, tu me l'as prise, comme si il t'appartenait de décider si elle devait vivre ou non. Comme ça. Alors que je n'étais même pas là pour te voir me l'enlever d'un seul geste violent et pleins de conséquences sur elle, et sur nous. Je ne sais pas, je ne saurais sans doute jamais ce qu'il s'est passé en cette fin d'après-midi où elle est morte dans tes bras, où je n'ai même pas pu lui dire au revoir, à elle qui était mon tout et ma joie de vivre. 

     Je ne pense pas pouvoir te pardonner un jour, surtout sans savoir le pourquoi du comment. Tu es et resteras une partie de mon passé commun avec elle, mais pour le reste, j'avoue avoir envie de t'effacer sans remords. Tu ne fais plus partie de moi, tu n'existes plus, tu n'es personne. Et je te hais, de tout mon coeur pour ce que tu as fait de moi, car de femme-enfant, je suis passé à femme-adulte ( et toutes les conséquences qui vont avec ). 

     Merci de ne plus être là, dans un coin de tête. Merci de faire ta vie loin de moi et de mon bonheur présent. Merci de grandir et de ne plus être dépendant. Merci de ne plus faire de moi une partie de toi comme tu tendance à le faire. 



     Lettre à toi, mon amour. 
     Oui, à toi. Qui est avec moi, pour le meilleur, comme pour le pire. Qui me supporte dans la santé comme dans la maladie ( comme dans mes sautes d'humeur ). Oui, lettre à toi qui partage ma vie depuis un moment déjà, lettre à toi, père de mon fils. 

     Où étais-tu, toutes ces années, quand j'étais perdue dans le noir ? Quand j'étais une adolescente qui testait les limites sans aucune barrière ? Je n'sais pas. Mais tu es là à présent, et tu m'aides à être une meilleure personne que je ne l'ai jamais été. Tu as accepté Lili, alors qu'elle n'était plus là, faisant d'elle une partie de notre famille alors qu'elle n'était même pas ta fille. Tu as séché mes larmes un bon nombre de fois, sans te soucier du temps que ça à pu prendre, et tu m'as serré dans tes bras si fort quand je souffrais le martyr de sa perte, prenant un peu de ma douleur au passage, que je me rappelle de chacune de ces étreintes. Tu es celui que j'ai attendu longtemps. Fier, massif de force, aimant et tendre. Tu es un père génial, un père comme tout les enfants en souhaitent un, un père comme toi, tu n'as pas eu la chance d'en avoir. 

     J'ai pas réellement les mots pour exprimer tout l'amour qui me consume dès que je t'aperçois le matin au réveil, ni ceux pour t'exprimer tout la reconnaissance que j'ai envers toi. T'es juste là, t'es mon super-héros à moi, celui de ton fils. Tu es tout ce dont j'avais besoin pour me relever et pour avancer dans la vie, dans le bonheur.

     Merci, pour tout ça. Merci d'être l'homme de ma vie, d'être le papa le plus merveilleux au monde. Je t'aime de tout mon coeur. 



     Et lettre à vous, mes enfants.

     Car même si vous n'aurez jamais la chance de vous connaître l'un et l'autre, vous serez quand même frères et soeurs. Car malgré tout ça, je sais que vous vous seriez aimés profondément même si vous auriez prétendu le contraire avec véhémence. Je m'imagine très bien vos chamailleries d'enfants dans un premier temps. Je sais que toi Lili, tu aurais sûrement embêté ton frère en lui piquant ses jouets parce que les tiens auraient fait trop " fille ", et je sais que toi, Gabriel, tu aurais certainement fait le comédien en faisant accuser ta soeur de tout les maux de la terre. Et je me vois, moi, mère aimante, vous serrez dans mes bras pendant un orage car ça aurait été vraiment effrayant pour vous deux.

     Puis, je m'imagine vos disputes d'adolescents. Les critiques, les insultes les bousculades. Et je sais aussi que peu importe la haine fraternelle que vous vous seriez portés, vous auriez tout fait l'un pour l'autre. Je sais que Gabriel, tu aurais cassé la gueule du premier mec qui se serait approché de ta soeur, et je sais Lili, que tu aurais fait passer un sale quart d'heure à la première copine de ton frère et à toutes les autres. Je sais, au fond de mon coeur de maman gros comme le monde que vous auriez été les plus heureux du monde de vous connaître. 

     Enfin, je vous imagine adultes, parents, parrains, marraines de vos neveux et nièces, témoins à vos mariages respectifs. Je sais très bien que vous seriez là, à vous vanner mutuellement, mais ç'aurait été la plus belle chose à mes yeux que de pouvoir voir tout ça.. 

     Je ne verrais que toi, Gabriel. Et je t'expliquerais plus tard, quand tu seras plus grand, qui était ta soeur, et pourquoi elle n'est plus là. Mais pour le moment, je vous laisse, toi et ton âme d'enfant, vous reposer dans ce monde ou en ce moment, tout n'est que violence et menaces. Sachez juste que je vous aimes, tout les deux aussi forts l'un que l'autre, plus fort que la lune n'aime ses étoiles. 


M

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