Vivre avec la perte d'un enfant.


J'avoue que je reviens avec un sujet plutôt difficile et qui risque de perturber plus d'un d'entre vous. A vrai dire, j'avais réellement besoin de m'ouvrir, de partager mon expérience, de vous expliquer la manière dont moi, j'ai fait mon deuil après avoir perdu ma petite fille de trois mois. Pour tout vous dire, je n'ai pas forcément envie de m'étendre sur la manière dont elle est décédée. Sachez simplement qu'elle a été admise à Tours après un malaise vagal, et que son père et moi-même avons été mis en garde à vue suite au diagnostic de syndrome de bébé secoué. N'étant pas présente quand ça s'est passé, j'ai été relâchée rapidement et mon ex-conjoint à été accusé de violences sur mineur de moins de quinze ans ayant entraîné la mort sans intention de la donner.  

Le procès a eu lieu l'an dernier. Vous pouvez lire les articles qui ont été publié suite à notre passage en cour d'assises ici, ici et ici. Cela m'évite de rentrer dans les détails et vous permet à vous d'avoir un point de vue objectif sur la situation. Je suis là pour vous donner mon ressenti, pour exprimer face à vous mon âme et mon coeur nu de maman, et pour peut-être aider certains ou certaines d'entre vous qui auront vécu quelque chose de semblable.  

Je crois que mon deuil n'a commencé que lorsque le verdict du tribunal a été prononcé. Auparavant, Lili vivait encore pendant les procédures, pendant les enquêtes et j'en passe. Ma fille n'était pas réellement décédée dans mon esprit je suppose, et ça fait d'autant plus mal quand on fini par se réveiller et se rendre compte qu'on ne serrera plus jamais son petit corps qui sent le bébé contre nous. J'ai eu la chance d'avoir le père de mon fils pour me soutenir. Des amis qui étaient présents pour moi quand j'ai remis les pieds sur terre et sorti ma tête de la lune que j'avais créé pour me protéger de la douleur. 
Mais, la chute a été la chose la plus dure que j'ai eu à encaisser. Je me suis rendue compte que quand je lui ai dis au revoir sur son lit d'hôpital, je ne lui avais jamais vraiment dit Adieu. Dans mon esprit, cela faisait de moi une mauvaise mère. Ne pas avoir été présente lors de sa fin, ne pas avoir pu la serrer contre moi, ne pas avoir pleuré pendant des jours, des mois. Ne pas la rejoindre, alors qu'elle doit se sentir tellement seule.  
Malheureusement, et malgré la présence de personnes autour de moi, malgré ou à cause de la naissance de mon fils Gabriel, ma descente aux enfers a commencé l'an dernier. J'ai commencé à ne plus manger, à être incapable de me lever le matin, à pleurer pour un oui ou un non, et croyez le ou pas, à devenir alcoolique. Je sortais tout les soirs pour boire, je me trouvais des excuses pour m’enivrer, je riais pour cacher à mes proches que je n'étais même plus là mentalement, et puis je finissais invariablement par faire une crise d'angoisse qui menait à des hurlements, des suffocations et des pleurs intarissables dans les bras du père de mon fils, mon Homme.  
Personne ne sait ça mis à part mon conjoint, il est donc difficile pour moi de parler de cette période. 
J'ai réussi à avoir un éclair de lucidité. Heureusement. J'ai décidé de me faire suivre par un psychiatre et une psychologue spécialisée dans le deuil. J'avais quatre séances par mois, et au lieu de finir accro à la boisson, j'ai fini accro aux anti-dépresseurs. Bingo, à croire que j'étais incapable de m'en sortir seule, et que j'avais besoin d'être défoncée pour être heureuse. Certains me diront que les médicaments sont parfois nécessaires. Personnellement je n'ai vu aucune différence, et l'envie d'utiliser des lames, ou mes cachets pour en finir est devenue de plus en présente. J'ai réussi à remonter la pente pendant quelques mois grâce à mes rendez-vous, et j'ai pu reprendre mon travail au bout de six mois d'arrêts. La dépression est une maladie, sachez-le, et je ne crois pas que l'on soit véritablement capable de s'en sortir un jour. En tout cas, moi je n'en vois pas le bout. Depuis 24h, je ne quitte plus mon lit, et je reste dans le noir, à réfléchir, dormir et vous écrire. Je fais une petite rechute. Rien de bien grave sûrement, mais l'envie de retrouver ma fille est bien là. Heureusement que j'ai mon fils. Et surtout, heureusement que j'ai une peur atroce de souffrir lors de ma mort.  

On ne peut gérer la mort de son enfant seul. C'est impossible. Il faut un suivi, des amis, une famille. Il faut de la volonté, il faut savoir se laisser abattre pour réussir à avancer plus qu'on ne l'a déjà fait. Il faut survivre, avant de pouvoir de nouveau vivre.  
J'en suis encore au stade de survie mais j'espère pouvoir écrire dans quelques années que j'ai réussi et que je vis chaque jours d'une plus belle façon. Je veux que mes enfants soient fiers de moi et qu'ils me voient comme une femme forte, qui a réussi à s'en sortir. 
A vous tous, Parents du monde entier, enfants, adolescents. Profitez de la chance que vous avez de vous aimer les uns les autres. On ne sait jamais quand la mort peut survenir, et on n'est jamais vraiment préparé à la regarder en face. C'est malheureux, mais c'est ainsi. Dîtes vous que l'amour est le plus fort des sentiments et qu'il est capable de passer au dessus de toutes les barrières, même celles que vous vous imposez.

4 commentaires:

  1. Je me doute que cela doit être dur pour toi , malgré la souffrance qui tenvahi dis toi que ta petite lili est fière de la maman que es pour son petit frère et pour elle aussi car elle n'est peut être pas la physiquement elle reste dans vos coeurs . Bisous à vous trois avec une énorme pensée à Lili ������ marina B

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    1. Merci beaucoup pour ton message et ton soutien ! Gros bisou ma belle ❤

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  2. Rien ne passe. Tu souffrira toujours de lili. Elle te manquera toujours. Mais sache que le super travail que tu fais avec les psy, va un jour te faire lever la tête de l'eau. Crois moi. Je pense à toi avec affection et si tu veux parler...

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    1. Ca fait quelques semaines que j'ai arrêté de voir mon psy et de prendre mes médicaments. Disons que j'espère que ça ira mieux !
      Et ce serait avec plaisir que nous pourrions discuter ! :)

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